EDITO

 Non classé  Commentaires fermés
mar 302012

 

Prenez 8 personnes

Ajoutez y 60 heures de journalisme,

Une prof zen

Plusieurs brèves

Du micro trottoir

De la prise de notes

Des reportages

Couvrez la préparation dans les locaux de l’EMI-CFD

Faites mijoter de novembre 2011 à Mars 2012

Décorez avec des écolos, quelques bourdons, une fanfare, des sdf…

Dégustez les articles de Laurent, Ingrid, Claudia, Denis, Jérôme, Guy-Michel, Chloé et Marie-France.

Bon appétit !

 

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous

Neuf militants de Greenpeace sont poursuivis devant le tribunal correctionnel de Troyes pour avoir pénétré dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine en décembre. Un procès qui intervient dans un contexte toujours plus tendu entre l’organisation écologiste et EDF.

Silencieux, la mine grave, ils se tiennent debout en rangs serrés sous le feu des photographes. Ils portent devant eux une large banderole sur laquelle on peut lire, autour d’un énorme « Merci » : « La citoyenneté n’est pas un crime », « Alerter et dénoncer », « Citoyens responsables ». En ce matin glacial du mois de janvier, ces quelques dizaines de militants de Greenpeace font le pied de grue devant la grille du tribunal correctionnel de Troyes dans l’Aube. Ils ont voyagé de nuit, en car le plus souvent, venant des quatre coins de France. Ils sont venus soutenir leurs camarades activistes, qui sont accusés de « dégradations de biens » et de « violation de domicile » et qui vont être jugés aujourd’hui.

Les faits remontent au 5 décembre 2012. Ce jour-là, à 6h10, une alarme retentit dans la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, dans l’Aube. Neuf activistes de Greenpeace en combinaisons orange et  casques blancs viennent de cisailler, à l’aide de pinces coupantes, les grillages qui entourent la centrale. Ils pénètrent alors dans l’enceinte sans être inquiétés. Certains d’entre eux parviennent ensuite à monter sur le dôme d’un des deux réacteurs pour y déployer plusieurs banderoles : « Facile ! », « Le nucléaire sûr n’existe pas », « Zone sécurisée Greenpeace ». Ils tentent aussi d’y peindre le symbole danger. Il faudra plusieurs heures aux gendarmes du peloton spécialisé déjà présent sur place pour interpeller tous les militants, cachés dans les recoins de la centrale, ou dans des buissons. Certains d’entre eux seront même retrouvés enchaînés à des échelles d’accès. On trouvera sur eux des dosimètres, des talkie-walkie, des rations alimentaires.

Les neufs activistes ont entre 22 et 60 ans. Ils sont agriculteur, infirmière, traducteur « en pause » ou encore ergothérapeute. Philippe, le plus âgé d’entre eux, est retraité de la finance. Crâne dégarni, fines lunettes rondes, chemise blanche sous un pull col en V, il n’a pas vraiment le profil type de l’activiste forcené. Au président qui lui demande les raisons de son action, il répond qu’«il y a une vraie ignorance du public sur les risques d’intrusion dans les centrales nucléaires » et qu’il veut donc « alerter les gens de ce danger ». Cet argument sera repris par tous les autres prévenus : il vise à contrecarrer directement l’argument selon lequel le nucléaire serait une énergie sûre, antienne chantée depuis toujours par l’industrie nucléaire, EDF en tête.

De son côté, l’entreprise publique, représentée par Me Mignard, avocat de la partie civile, juge avoir maîtrisé les choses de bout en bout : « L’ensemble des personnes a été repéré dès leur intrusion, nous savions qui étaient ces gens, il n’y a pas eu de volonté d’intervention brutale. Nous savions exactement où elles étaient, nous attendions qu’elles soient fixées, comme dit la gendarmerie, pour les interpeller ». Une thèse délicate à soutenir au vu des cinq heures qui se sont écoulées entre le déclenchement du signal d’alarme à 6h10 et les deux dernières interpellations à 10h50. Me Faro, l’avocat de la défense, ne manque pas de s’en amuser, se demandant si EDF ne souhaitait pas « être poursuivie pour complicité, ayant laissé commettre une infraction sans intervenir ».

Greenpeace et EDF, c’est l’histoire d’un vieux couple. Cela fait maintenant plus de quinze ans qu’ils se retrouvent régulièrement devant les tribunaux, le plus souvent à la suite d’intrusions de militants écologistes dans des centrales nucléaires. De fait, ce couple est une relation à trois avec la justice. Mais celle-ci tâtonne : sur les sept à huit opérations menées depuis 1996, les peines requises et les jugements divergent : de 150 euros d’amende à quinze jours de prison avec sursis. Et les fondements des poursuites eux-mêmes diffèrent : délit militaire, violation de domicile, dégradation grave en réunion, et même obstacle à la liberté du travail ont été utilisés au cours des différentes affaires.

C’est au tour d’Elisabeth, la plus jeune des activistes, de se présenter à la barre. Elisabeth gagne sa vie en « montant des tableaux », avec le statut d’intermittent du spectacle. Petite brune toute menue, elle a un visage très jeune, presque poupin. Sa voix fluette porte peu dans la grande salle d’audience du tribunal. Tout le public semble se pencher vers elle dans un même mouvement pour tenter de l’entendre.
« – Êtes-vous aguerrie ?, lui demande le président.
- Je sais monter une échelle. »
Quelques rires fusent. Le président ne se démonte pas et insiste :
- « Avez-vous suivi un entraînement particulier ?
- Nous avions juste prévu à l’avance la répartition des rôles ».

Ce type de questions et réponses va se répéter durant tout le procès. Le président, ainsi que le procureur, vont vite comprendre qu’ils n’obtiendront aucun détail sur l’organisation concrète de l’action. Les neuf n’ont de cesse de revendiquer une action collective ainsi qu’un engagement personnel : jamais l’ONG ne pourra être directement mise en cause.

Le réquisitoire du procureur tombe : quatre à six mois de prison avec sursis et des amendes allant de 1 000 à 1 500 euros.

A la sortie du tribunal, Sophia Majnoni, chargée du nucléaire à Greenpeace France, se montre inquiète de l’aggravation des peines requises : « On assiste à un recours systématique à des peines de prison avec sursis ». Un constat qui n’est pas sans rappeler les condamnations intervenues ces dernières années pour arrachage de plants OGM ou encore séquestration de patrons. Il s’agit en fait d’une tendance générale à la « judiciarisation » de l’action militante et des conflits sociaux.

En novembre 2011, EDF a été condamnée à 1,5 million d’euros pour des faits d’espionnage à l’encontre de Greenpeace. De quoi financer encore quelques face-à-face.

Jérôme Veillard

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous

La fanfare Invisible, collectif d’une douzaine de musiciens basé à Paris, prépare depuis le mois de Juin 2011 une rencontre de fanfares internationales qui aura lieu à Paris entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012. “Les Fanfares d’Indignent” !

Il est plus de 4 heures du matin quand les derniers instruments de musique ronronnent encore : il y a Isabelle qui s’est mise à la grosse caisse, Sylvain au saxophone, Ludo à la trompette, Frédéric au trombone. C’est un « bœuf » de fin de soirée : on improvise ensemble sur un morceau que l’un connaît ou que l’autre invente. Quelques verres de vins, des restes de victuailles, des fruits sont dispersés sur la grande table de cette vieille ferme aménagée. Il ne fait pas chaud pour jouer : dehors, il gèle. Mais les musiciens ont bien l’intention de ne pas se laisser abattre ni par le froid ni par la fatigue qui arrive à grands pas.

5 heures du matin. La ferme est tranquille. Quelques ronflements de ci, de là, comme si la musique continuait : les derniers musiciens de la Fanfare Invisible sont partis dormir au dessus de la salle à manger. La journée a été rude : la veille, c’était la réunion du collectif dans cette petite ferme de l’Eure, où demeurent deux des membres du collectif. Nous sommes à deux mois de la manifestation : les choses se précisent. Il s’agissait de faire le point sur l’organisation (communication, logistique) et de partager des idées sur la mise en place des différents événements prévus du 28 Avril au 1er Mai. L’association « les tabliers volants » se chargera de tout : nourriture, vaisselle, café, thé. Hervé de la « commission bouffe » comme on dit joyeusement dans le collectif a trouvé le tuyau. La « commission lieu de manifestation » a dégoté un espace culturel dans Paris pouvant accueillir jusqu’à 500 personnes. « Nous avons rendez-vous mercredi soir sur le lieu. Il va falloir négocier parce que l’organisateur n’a pas l’air d’accord sur tous les points », déclare Yves, tromboniste. La Fanfare devra trouver un moyen de s’autofinancer (des membres ont avancé quelques centaines d’euros pour la trésorerie) et rassurer l’organisateur du lieu, parce que lui non plus ne veut pas perdre d’argent.

Cela fait plus de 6 mois que ce collectif de musiciens travaille à l’organisation d’un grand rassemblement de fanfares (« Les Fanfares s’Indignent ») du 28 Avril au 1er Mai, exactement entre les deux tours de l’élection présidentielle. Le but ? Rassembler un maximum de fanfares de France et de Navarre sensibles aux problèmes sociaux générés ou non par la crise, dénoncer les excès de la finance, soutenir les associations d’aide aux personnes en difficultés, tout cela en musique, bien entendu. Dans son appel sur son site Internet, la Fanfare Invisible invite d’autres groupes musicaux à la rejoindre « pour créer les conditions d’une résistance festive, joyeuse et solidaire (et en musique !) capable d’épaissir le tissu social pour le droit à l’éducation, à la santé, au logement, à la culture… pour tous ».

Déjà 15 fanfares de France, d’Europe et même des Etats-Unis se sont manifestées à travers le site de la Fanfare Invisible. C’est Antoine, 30 ans, joueur de tuba, qui gère le site Internet et qui y a notamment déposé le texte de l’appel pour ce grand rassemblement.

Yves, Isabelle, Hervé et Ludo sont à l’initiative du projet. 15 ans qu’ils se connaissent. Ils sont habitués aux revendications par la musique. Yves a longtemps fait parti du FMI (Front Musical d’Intervention), collectif de musiciens soutenant des actions de revendication auprès d’associations. « La Fanfare Invisible accompagne déjà le mouvement associatif comme par exemple le DAL (Droit Au Logement), ‘Un Toit Est Un Droit’ que nous épaulons musicalement à chaque manifestation, explique Yves. « Nous ne roulons pas pour un parti : nous roulons pour un engagement », ajoute Ludo.

« Nous répétons tous les jeudis soirs dans les locaux d’une association dans le 12ème. Elle est ouverte à tout le monde et le noyau formé est d’environ 12 personnes : bon noyau ! Surtout pour l’organisation d’un tel événement dans le contexte d’élections présidentielles, parce que ça ne s’est pas encore fait ! », conclut-il, enthousiaste.

 Denis de Rauglaudre

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous
mar 282012

 A l’initiative de la socialiste Nicole Bonnefoy, la prolifération du frelon asiatique a été débattue au Sénat. L’impact de cet envahisseur à pattes jaunes n’est pas seulement environnemental. La menace qu’il fait planer sur les abeilles est aussi d’ordre économique.

Sénateurs, greffiers huissiers et secrétaires vont et viennent. C’est une petite ruche dont le bourdonnement s’apaise avec la sonnerie qui retentit. Elle indique le début d’une nouvelle séance au Sénat. La question abordée en cet après-midi : la prolifération du frelon asiatique. La question est posée par Nicole Bonnefoy, sénatrice socialiste de la Charente.

 

Placé sur un banc séparé, le ministre censé répondre à la question relevant de son domaine de compétence attend. Il interviendra en fin de séance. Aujourd’hui, c’est Nathalie Kosiusko-Morizet, ministre de l’Ecologie qui est présente sur le banc.

Ce frelon asiatique a été introduit accidentellement en France en 2004 et a commencé à se répandre en 2006, principalement dans les régions du sud-ouest. Mais malgré les 8 piqûres mortelles recensées en 2011, la véritable menace du frelon à pattes jaunes est ailleurs : il se nourrit d’abeilles. Déjà problématique, la disparition des abeilles devient préoccupante. Les apiculteurs ont donné l’alarme. Les exploitants les plus modestes sont les plus touchés.

Les sénateurs des régions concernées relaient l’inquiétude de la profession ; les apiculteurs sont laissés à eux-mêmes. Pourtant une mission interministérielle a été menée et a formulé un certain nombre de recommandations : aucune n’a été suivie. Comment lutter ? Le discours prend parfois des allures militaires : « la lutte contre l’envahisseur est difficile à mener ». Aujourd’hui, le piégeage et la destruction des nids sont les seuls moyens d’agir. Les sénateurs qui interviennent demandent le classement du frelon asiatique parmi les espèces nuisibles. Ils dénoncent l’absence de politique du gouvernement. Les apiculteurs doivent être indemnisés.

Assis dans les tribunes surplombant la salle, les visiteurs assistent aux débats. Parmi eux, une femme d’apiculteur : elle a fait spécialement le déplacement afin d’écouter les propositions du gouvernement. Pour une dizaine de spectateurs, on compte…une vingtaine de sénateurs. Sur 348.

Le Sénat a basculé à gauche en 2011. C’est la première fois depuis 1958. Ce nouvel équilibre marqué par l’avantage des socialistes et par l’arrivée des écologistes a changé la donne…et a un peu réveillé la haute assemblée. Les débats se font plus vifs.

« La parole est à Monsieur Labbé » : cheveux longs, veste de cuir, ce sénateur écologiste détonne. Il rappelle que les abeilles ne sont pas seulement victimes du frelon, mais aussi et surtout des pesticides. Il propose la création d’un fonds de protection des abeilles financé grâce aux bénéfices générés par la vente de produits phytosanitaires.

Nathalie Kosiusko-Morizet pianote sur son I-phone. Elle se tourne vers Chantal Jouanno, désormais sénatrice et lui fait porter un petit mot. En effet, il est interdit aux membres du gouvernement de circuler parmi les sénateurs. La séparation des pouvoirs législatifs et exécutifs doit être respectée. Les huissiers sont là pour y veiller et pour barrer l’accès au ministre imprudent qui aurait oublié. Un interdit symbolique qui à l’heure du mail et des sms prend une allure un peu désuète.

Chantal Jouanno arrive à la tribune. La sénatrice UMP estime qu’il s’agit d’une « question intéressante et qui illustre la contribution de la biodiversité à la croissance économique ». En France, la pollinisation assurée par les abeilles est un enjeu qui se chiffre à deux milliards d’euros. Mais le frelon étant déjà installé « il est trop tard pour l’éradiquer ».la lutte contre cet envahisseur est problématique car le piégeage et la destruction des nids peuvent s’avérer plus nuisibles pour l’environnement que le frelon lui-même.

Nathalie Kosiusko-Morizet se lève brusquement, file le long de la travée et disparaît derrière une porte. Elle ne reviendra pas. On apprendra par la suite qu’elle a été convoquée en urgence pour une réunion sur le nucléaire à l’Elysée la veille de la visite de Nicolas Sarkozy sur le site de Fessenheim.

Son remplaçant monte à la tribune : c’est Benoist Apparu, Secrétaire d’Etat… au logement. Il compulse ses fiches, se gratte la tête. « Je vais vous parler des ruches… qui sont les maisons des abeilles » commence-t-il. Silence médusé de l’assistance. Il résume les propos des différents intervenants. Selon lui, « le frelon n’a pas causé davantage de piqûres en 2011 qu’en 2004 ». Mais les problèmes dont souffre la filière apicole sont manifestes Et les moyens de lutte contre la prolifération du frelon à pattes jaunes sont limités. Un travail est amorcé sur des pièges sélectifs. Il rappelle que le classement d’une espèce parmi les espèces nuisibles ne crée aucune obligation de financement des pouvoirs publics. Il propose néanmoins de classer le frelon asiatique parmi les espèces nuisibles aux végétaux. Le Ministre de l’Agriculture (absent lui aussi) a d’ailleurs pris des mesures dans ce sens. Le Secrétaire d’Etat conclut en assurant les apiculteurs du soutient du gouvernement. Sa séance d’improvisation est terminée.

Le débat s’achève avec l’intervention de Nicole Bonnefoy. Elle évoque la création d’une mission commune d’information sur les pesticides, qui va se constituer sous peu à son initiative. Elle dénonce le manque d’intérêt du gouvernement pour la question. Les applaudissements sont nourris. La vice-présidente du Sénat suspend la séance..

 Marie-France Pokorski

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous
mar 282012

Dimiti, Igor, Marco et les autres. A la rencontre des habitants de la rue.

« Ici, on peut profiter d’une vue que de nombreux touristes aimeraient avoir ». Dimitri a une cigarette à la main et un air contemplatif. « Mais je n’ai pas de maison, pas de famille et pas de travail ici ». Dimitri dort dans une tente au bord de la rivière la plus célèbre du monde, la Seine.

Dimitri est trentenaire et cela fait déjà 8 ans qu’il est parti de son pays. Il a laissé son ancienne vie derrière lui à cause de problèmes personnels. « Avant j’étais coiffeur. Aujourd’hui, je coiffe seulement mes amis », dit-il en souriant. Il ne pense pas retourner dans son pays. « Là-bas, il y a beaucoup de junkies ». Il ne travaille pas actuellement mais dit déjà avoir travaillé au noir dans le bâtiment. « Je pense retrouver un travail mais il faut d’abord que j’obtienne une carte d’identité, sinon je vais être expulsé. En France, les gens sont sympas, mais je manque un peu de motivation. Quand vous dormez dans la rue, c’est difficile. Mais des gens de différents pays arrivent à s’en sortir, à gagner leur vie. Je pense que c’est vraiment le choix des gens. Tu peux réussir si tu veux. »

Igor est un compatriote de Dimitri. Il est à Paris depuis un peu plus d’un an. Il a tout abandonné pour la promesse d’un travail en France. La réalité l’a rejoint à son arrivée : pas de travail et en prime, il s’est fait voler ses bagages. Il a fini par trouver du soutien auprès d’un groupe de Polonais vivant aujourd’hui sous les ponts de la Seine. Il a toujours des contacts avec sa famille restée là-bas mais pour l’instant, il ne pense pas retourner chez lui.

Depuis 2007, les ressortissants européens peuvent venir librement en France. Mais une fois sur place, ils doivent obtenir une autorisation spéciale de la préfecture pour travailler et l’employeur potentiel doit payer une taxe. Plutôt dissuasif. Faute de revenus suffisants, les personnes en situation irrégulière sont renvoyées dans leur pays d’origine. Sur les 29 000 étrangers expulsés en 2009, 8 000 étaient Roms. Une manière à peine masquée de remplir les quotas d’expulsion. Ces « volontaires » se voient remettre 300 euros par adulte et 100 euros par enfant au titre de l’aide au retour humanitaire. Avant de revenir tranquillement en France. « Certains font deux à trois allers-retours par an », soupire un travailleur social. Le contact avec ces migrants est toujours difficile et quand on leur demande un peu plus sur la motivation de leur retour en France, l’histoire est presque toujours la même : la misère ou le manque d’opportunités de leur pays d’origine.

Le jour s’achève. Les bureaux et les magasins baissent leurs portes. La rue est de plus en plus animée. Les gens rentrent chez eux après leur journée de travail, rentrent et sortent de la boulangerie avec des baguettes. Des femmes poussent leur chariot, des poussettes d’enfants. Dans l’espoir d’être remarquée, une petite main s’élève. C’est Elaine, dans l’attente d’une petite pièce. La jeune fille de 23 ans est originaire de Bucarest. Faire la manche est sa seule source de revenus pour la journée. Elle vit à Paris depuis environ trois ans. Tous les jours, elle s’installe à côté d’un magasin du 15ème arrondissement. Une expression de lassitude et un sourire presque heureux sur le visage, elle se lève pour partir. Faire la manche, une pratique contestable aux yeux de ceux qui jugent la présence des ces migrants sur le territoire français.

Marco, un jeune homme originaire aussi de Bucarest, passe ses journées en face du supermarché à faire la manche. Il regrette de ne pas travailler. Il n’a pas des nouvelles de sa famille et comme souvenir, juste quelques photos de sa femme et de ses enfants. « Tout ce que je veux, c’est du travail et aider ma famille. Ici, je n’ai pas trouvé de travail. Je n’ai pas de carte de séjour mais en tant que citoyen européen, j’ai le droit de vivre ici ». Il est fatigué de la situation et ne sait pas où aller.

Ces migrants savent qu’ils ne sont pas les bienvenus et que leur image n’est pas bonne. Ils savent que de nombreux vols sont commis par leurs compatriotes, y compris par des mineurs et que derrière eux, il y a parfois une organisation criminelle. Il est difficile de séparer le bon grain de l’ivraie.

Ce ne sont pas des clandestins mais ils restent isolés, en marge de la société. Ils sont nombreux. On les retrouve surtout dans les métros, les cafés et les sites touristiques. On retrouve des enfants, des adolescents, des hommes et des femmes. La plupart d’entre eux sont sans perspective d’emploi. Ils passent leur journée à mendier quelques pièces de monnaie, un simple regard ou même un simple bonjour !

Claudia Cândido

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous

Cela s’est passé de Novembre à mars. En soixante heures chrono. Ils sont sept et arrivent généralement à l’heure où les locaux de l’EMi se vident. Le mercredi de 18h30 à 21h 30. Un samedi par mois, l’EMi est à eux, pour la journée. Ce sont les cours du soir. On y vient parce qu’on aime la rencontre, l’écriture et le partage. On a déjà un job, On voudrait juste parfois écrire plus concis, mieux dire. On ne deviendra peut-être pas journaliste, mais qui sait? Et Ils sont déterminés, mo-ti-vés.
Ils ont tâté de tout : les brèves, la synthèse, le micro-trottoir, et même les billets, les chapôs, les titres et les inters. En prime, ils ont proposé, réalisé, et écrit sept reportages. Leurs sujets : Violence conjugale entre SDF. Maraude avec les restos du cœur en Seine Saint Denis. Rencontre avec les « chibanis » , ces ouvriers immigrés retraités. Du grave. Et du culturel aussi : l’atelier d’un franco-chilien iconographe, et ce peintre aussi à l’aise avec un pinceau qu’aux fournaux qui organise des dîners comme des performances. Une pincée de légèreté quand même, au cours de cette croisière organisée par un site internet où l’on cherche des amis et… plus encore. Un brin de sexe enfin avec les filles du burlesque qui s’effeuillent sur une scène parisienne, à la Flèche d’or. Nous vous proposons leur reportage, le premier. Un baptême en quelque sorte. Bonne lecture !

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous

Francis G. a frappé de plusieurs coups de couteau sa concubine Corinne B. Il est jugé, après 24 heures de garde à vue, en comparution immédiate.

Mardi 8 février 2011. Palais de justice de Paris, 23ème chambre correctionnelle. Avec ses moustaches tombantes et sson épaiss chevelure grise, ce belge de 46 ans a quelque chose de François Cavanna. Sans domicile et sans ressources, Francis G. a le visage abîmé et les propos balbutiants. Il comparaît pour «violences avec arme en état d’ivresse commises sur sa concubine Corinne B. le 6 février. Elles ont entraîné une Incapacité totale de travail (ITT) de huit jours ». Il choisit d’être jugé le jour même avec l’avocat de permanence. Malgré la grève des magistrats, les comparutions immédiates ne connaissent pas de répit.

Son procès aura lieu six heures plus tard en fin d’après-midi.

Récidives. Corinne B. porte les marques de coups de couteau reçus deux jours plus tôt. Elle explique d’une voix hachée et difficilement audible leurs relations : « On se connaît depuis trois ans, on vit dans la rue. » La présidente : « Y a-t-il eu des violences auparavant ? » « Oui, quelquefois », répond la victime. En effet, deux mois plus tôt, il l’avait déjà blessée avec une boîte de conserve au visage. Malgré une ITT de dix jours, elle n’avait pas porté plainte. Le prévenu : « Pour les violences, je pourrais en dire autant, mais moi j’ai jamais déposé plainte ».

La victime reconnaît que le 6 février, son compagnon était très alcoolisé. La Présidente : « Et vous, Madame, vous prenez de l’alcool ? ». Corinne B. confirme. La présidente cherche ses mots :

« Ces jours-là, ça ne doit pas être facile… et pas très beau à voir ».

Les faits. Cette femme d’une cinquantaine d’années, imposante physiquement, a une voix autoritaire et douce à la fois. Parfois excédée, parfois compatissante. Elle lit la déposition de la victime : « Il voulait que j’aille faire la manche, mais je n’étais pas d’accord. Il a sorti un couteau, il n’a pas le droit d’en avoir un, mais je lui donne le mien et il le met dans  sa poche ». La présidente s’interrompt : « Pas très logique tout ça ! ».

Corinne B. poursuit: « il a d’abord voulu planter au niveau du ventre et après il a porté des coups au visage ». Francis G. conteste : « Je n’ai pas pu taper au ventre, il y avait un très grand polonais entre elle et moi et j’ai pas donné plusieurs coups au visage ». Un témoin lui donne tort. C’est lui qui a alerté la police. De sa fenêtre, il a vu Francis G. donner à sa compagne des coups de poing au ventre et au visage avec « un objet dans la main ». Et l’expertise médicale est formelle : plaie au front de 8cm et plaies au nez occasionnées par un outil tranchant.

La présidente : « Cela va se terminer comment cette histoire à vous deux ? ». Francis G. : « Elle ne doit pas me traiter de racaille, elle ne doit pas prononcer ce mot, je l’aime cette femme, ça me plaît pas de la voir comme ça, ça me rend malade. Si elle se soigne pour l’alcool, je la suivrais ». La présidente : « Et vous Mme B., vous voulez vous faire soigner? ». Elle le veut. Et aussi continuer à vivre avec lui.

L’avocate de Corinne, pressée, reste collée à son texte. Elle réclame une mise à l’épreuve avec obligation de soins et 1€ symbolique à la victime. Face à elle, la procureure. Ferme, véhémente. « Ce sont des faits graves ». Elle rappelle le casier judiciaire chargé : vols, refus d’obtempérer, et déjà violences sur ses concubines.

La défense. « C’est triste, c’est très triste cette histoire. Et on ne règle pas tous les problèmes par la détention ». L’avocat de la défense, lui, joue sur l’émotion. « Ca me gêne qu’on interdise le port d’un couteau à un SDF quand il n’a que ça pour ouvrir ses boites de conserve ». Ca le gêne aussi cette « Europe administrative » qui empêche un belge de toucher le RMI. Et enfin : « Ca me gêne qu’on lui demande de s’en sortir tout seul avec son problème d’alcool ». Il évoque le passé d’enfant battu, torturé et placé de Francis G. pour expliquer où il en est aujourd’hui.

Le prévenu conclut : « Je me bats depuis des années. J’ai une sœur et un père qui se sont suicidés à cause de l’alcool ».

Le jugement. 18 mois d’emprisonnement dont 12 avec sursis, mise à 2 ans de mise à l’épreuve et obligation de travail, de domicile, de soins. Pour la victime, une réparation pécunière symbolique de 1€. « Il n’y a pas de mandat de dépôt, vous allez être libéré aujourd’hui. Vous devez immédiatement faire des démarches pour vous faire soigner. Prenez rendez-vous avec un alcoologue. Dès demain ! » déclare la Présidente. Puis, se tournant vers la victime : « Madame, c’est peut-être l’occasion pour vous aussi de faire des démarches de soins ».

Sophie Bouvet

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous

Christophe Oro attire la fine fleur des amateurs d’art avec sa cuisine. Pour ce peintre-traiteur, c’est une chance : Ses clients sont aussi ses collectionneurs.

Rendez vous métro Crimée, Paris 19e, avec Christophe Oro, artiste professionnel et traiteur amateur. Christophe a 49 ans, mais il a l`air d’en avoir 10 de moins et il est toujours de bonne humeur.

À deux pas de métro tous les jeudis a lieu le plus grand et le moins cher des marchés parisiens : le marché Joinville. Il fait froid en ce lumineux matin de janvier. Les courses de Christophe se déroulent à vive allure. Un clin d`œil de connivence avec les marchands maghrébins suffit. C’est lui qui fait le choix. Les poivrons rouges, il les caresse comme s’il s’agissait d`une robe de soie. Il achète 5 sortes d’herbes aromatiques, 9 variétés de légumes. Dans un supermarché chinois à Belleville il va encore chercher des algues, du vinaigre Mirin, des poulets…

« Saviez-vous que la plupart des poulets à Paris viennent de Belgique et qu’ils sont halal ?» interroge Christophe. « La différence ? Dans votre boucherie, ils sont à 14 Euros et au supermarché chinois à 5,90 Euros»

«Vivre à Paris a toujours été mon rêve!»

On s’est installé dans un petit café. Bien que Christophe soit très grand, il a besoin d’une petite demi-heure de repos. Son sac à dos et le caddy volumineux sont devenus très lourds. Quand est-il venu à Paris ? « En 1999. Vivre à Paris, ça a toujours été mon rêve» dit-il.

Il est né à Karlsruhe d’une mère allemande et d’un père coréen. Il y a fait des études de littérature allemande et a poursuivi en même temps une formation de peintre à la prestigieuse école des Beaux-arts. La ville lui a ensuite demandé d`organiser plusieurs expositions sur un sujet d’histoire et aussi de peinture contemporaine estonienne.

En 1992, il fonde sa propre société: à Cologne, ville qui, à cette époque, est le centre de l’art moderne.

Il invente des expositions-événements accompagnées de concerts, de films, de conférences.  Et « Un beau jour, il m`est venu l’idée d`offrir aussi un buffet où je crée les plats moi-même ».

Il ajoute : « Faire la cuisine et peindre sont pour moi deux activités aussi sensuelles l’une que l’autre. »

Une crevette au lait de noix de coco

Une des spécialités de Christophe est de préparer le menu chez le client. Aujourd’hui, il se rend dans le 18e, dans la cuisine de l`architecte François Scali. Lui est « Fan de Christophe depuis cinq ans ». Pendant onze heures, Christopher va mitonner pour trente-cinq personnes un repas :« En 5 actes et 26 plats ».

Il ne fait pas le service. « Comme la boisson, c`est le domaine du client ».

En dégustant – une patate douce frite, hm, une crevette au lait de noix de coco, ah, oh, une carotte confite, délicieuse. Est-il gourmet ? « Non ». Il est végétarien et autodidacte. « Mais avec la nourriture méditerranéenne et asiatique que je propose, j`espère favoriser de la convivialité ». Pendant de fréquents voyages en Italie, en Espagne, aux Indes, en Corée du Sud il a toujours élargi son répertoire de recettes.

Et rapidement, il a pu établir un réseau de clients à Paris. Qui lui a ouvert les portes ? « L’organisateur de la grande exposition Paris Photo, Rik Gadella, m’a confié la première commande. Randy, un Américain très branché dans le milieu artistique m’a présenté. Ensuite la publicité a marché comme au théâtre : par le bouche à oreille ».

Comme un moine pendant sa prière

Cinq jours après le rendez-vous métro Crimée, Christophe officie dans la très chic cuisine de la galeriste Aline Vidal dans le 7e. On attend 80 convives et Christophe a besoin d`une assistante.

Yukié Matsushita est une graphiste américaine d`origine japonaise. Jolie et plutôt petite, elle a un drôle d’allure dans son large tablier gris. Elle fait les sushis à sa façon : japonais et végétariens. Christophe en goûte un : «Succulent ! On pense à une boule de neige fraîche ».

Quelle est la qualité indispensable pour un traiteur ? « Le talent d`organisation, de logistique et d`improvisation. Il faut se concentrer comme un moine pendant sa prière », sourit Christophe.

La majorité des fidèles sont les galeries françaises. Christophe a trouvé avec la cuisine le moyen de côtoyer la scène qui l`intéresse. Et son intérêt est double: « Les invités des galeristes sont aussi mes collectionneurs potentiels ». Ces gens de lettres, de la télévision, du ministère de la cultures sont également une grande clientèle d`art. Christophe peut entrer en contact avec eux et de temps en temps leur vendre un tableau. «J`y parviens sans l’intermédiaire du marché, qui souvent est assez rude » soupire-t-il.

Yukié s’en est allée. Christophe sort sur la terrasse: « Un ciel pluvieux comme celui-ci me fait penser à cette longue tradition des artistes ou écrivains étrangers qui devaient se débrouiller à Paris. Sans soutien de l`état ou de la famille à Paris, ce n’est pas facile. Moi, j’ai eu de la chance ».

L’arrivée des hôtes est imminente. Le stress augmente. « Le plus grand défi du traiteur, c’est que tout soit prêt en même temps ». Mais Christophe reste cool…

Sibylle Nyssen

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous

Ahmed, Boubakeur et Rachid au café social de Belleville.

« Tu aurais dû placer ton double blanc ! Tu l’aurais empêché de jouer. Tu ne peux pas suivre un peu la partie, bon sang ! » reproche un septuagénaire à son camarade de jeu aux dominos. Le café social de Belleville grouille de monde en cette après-midi frisquette. Les locaux sont accueillants et bien entretenus. Le mobilier est flambant neuf. Des aquarelles et des photos anciennes ornent les murs blancs. Elles racontent la migration des nord-africains. Des retraités attablés discutent, dégustent du thé ou du café et s’interpellent amicalement.

L’association Ayyem Zamen en algérien « Le bon vieux temps », a été créée en 2000 par le sociologue Moncef Labidi. Elle a ouvert deux cafés sociaux à Paris. Le premier en 2003, rue Pali Kao dans le 20ème arrondissement . Le second rue Dejean dans le 18ème en 2008. Pour une cotisation de 10 euros par an, ces établissements accueillent, écoutent, orientent et accompagnent dans leurs démarches de la vie quotidienne des vieux travailleurs immigrés : les chibanis (les cheveux blancs en arabe)

Une migration économique

Tempes grisonnantes, chevelure bigrement fournie et œil malicieux, Ahmed Kerrouche parcourt Le Parisien devant un thé à la menthe.

Il est arrivé en 1959 en France. «J’avais 20 ans quand j’ai quitté l’Algérie. Je suis venu sur le bateau Kairouan. COLAS, une entreprise du bâtiment, est la première qui m’a ouvert les portes. J’ai commencé comme ouvrier, ensuite j’ai travaillé comme grutier.»

Au fil des mois, Ahmed Kerrouche prend confiance. «J’ai suivi des cours de français pendant trois ans boulevard Diderot à Paris. J’ai également trouvé une petite chambre rue de Charenton . »

Les premières années sont souvent très dures à vivre, aussi « la solidarité communautaire s’est dressée tel un rempart face au délitement personnel et à la déchéance humaine. »

L’exil au féminin

Cherifa fréquente, elle aussi, le café social

L’exil n’est pas seulement l’apanage des hommes. Les femmes sont moins nombreuses certes. La loi de 1976 du regroupement familial a permis aux couples de se réunir.

Chérifa Ouadenni, avec ses 4 enfants, a rejoint son mari en région parisienne. Son certificat d’études en poche, elle raconte « J’ai d’abord travaillé comme archiviste, puis comme agent administratif à la Cour d’appel de Paris. » Aujourd’hui, elle est veuve et s’occupe de ses petits-enfants. Elle fréquente à ses heures perdues le café social de Belleville. Elle s’y est fait des amies, et participe au club cinéma, aux sorties dans Paris et aux excursions.

« Le café social est un lieu sain et convivial. Les femmes sont respectées ici. Nous venons partager un café, demander les nouvelles des compatriotes.»

Pendant les Trente Glorieuses, la France a recruté massivement de la main d’œuvre maghrébine. Les ouvriers nord-africains sont arrivés en France avec leurs savoir-faire. Mais malgré des longues années de cotisation leurs pensions sont dérisoires.

Achour Bahloul est originaire de Kabylie. Il s’est installé à Paris en 1975. « J’ai ouvert un atelier de couture, rue du Faubourg Saint-Denis.

En 1978, ma famille m’a rejoint. » A son arrivée, il pensait rentrer au pays. L’idée du retour s’est estompée au fil des ans…

Il s’est rendu au café social de Belleville pour rencontrer Sandrine la médiatrice et Henry, le coordonnateur de l’association Ayyem Zamen. «Je suis jeune retraité et j’aimerais introduire une demande de majoration de ma pension. Je ne touche que 719 euros »

Farid Bouhanik

La solitude en bandoulière

En marge du brouhaha de la foule venue assister aux festivités du nouvel an chinois, Mohamed Irmouli explique le contenu d’un courrier de la banque à son ami Ali à Porte de Choisy. Tous deux sont retraités. Ils habitent dans de petites chambres individuelles à la résidence Adoma dans le 13ème.

Mohamed est arrivé en France en 1961. Il a trouvé son premier emploi dans une entreprise de nettoyage à Puteaux. « Les miens m’ont bien accueilli au foyer. J’ai commencé à cotiser à la vie de groupe qu’après avoir perçu mon premier salaire. Il y avait une véritable solidarité entre les compatriotes. »

Il se souvient qu’alors la vie était plus accessible. «J’étais payé 150 frs la quinzaine. Le loyer me coûtait 35 frs et la baguette se vendait 25 centimes.»

Mohamed a vite compris la nécessité de savoir lire et écrire. Aussi, il a suivi plusieurs années durant des cours du soir et a obtenu son Certificat d’études, puis un CAP de tourneur. Il fait partie de cette majorité de chibanis qui ont choisi de laisser leur famille au pays. En retraite depuis 2001, Mohamed Irmouli refuse de rentrer au pays pour, dit-il, « des raisons de santé. »

Ses journées, il les égrène entre la résidence Adoma et le centre commercial.

F. B

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous

Miss Glitter Painkiller sur la scène de la flèche d’or

Miss Glitter Painkiller et ses copines exhibent sur scène leurs formes. Avec humour et parfois une certaine vulgarité. Elles pratiquent le burlesque. Spectacle déshabillé à la Flèche d’or.

La septième édition de la soirée burlesque la «Glitter Fever » se tient à la Flèche d’or à Paris. Cette gare reconvertie en salle de spectacle branchée accueille chaque mois une troupe d’effeuilleuses. Treize filles enchaînent les numéros de strip-tease, à grand renfort de paillettes, plumes et dentelles. Elles sont exubérantes, bruyantes, vulgaires parfois, féminines toujours.

Deux heures plus tôt, sous la verrière de la salle, c’est la course contre la montre. Il ne reste plus qu’une demi-heure avant l’ouverture des portes. Par les fenêtres, on aperçoit la file d’attente des spectateurs. «Ca me stresse de voir tous ces gens qui attendent », confie Mathilde, alias Miss Glitter Painkiller, l’organisatrice de la soirée. A défaut de loges, les filles ont investi l’espace dédié aux spectateurs pour se préparer. «Je ne suis maquillée que d’un œil, mais on fait aller », répond Mathilde à un technicien qui vient vérifier l’évolution des préparatifs. Ici, pas de maquilleuse professionnelle, les filles doivent se débrouiller.

Les vitres sont abîmées, recouvertes d’impacts. A y regarder de plus près, ces défauts ne sont pas naturels. Les impacts décorent les vitres plus qu’ils ne les enlaidissent. Dehors, d’ anciens rails de chemin de fer, un amas de ferraille rouillée, des tags. L’endroit n’est pas franchement esthétique et c’est ce qui fait sa beauté. Mettre en avant les imperfections, pour provoquer le beau. Un credo burlesque.

Plus funs que féministes

Mathilde a fait un peu de danse à l’école, mais surtout du théâtre. Il y a six ans, elle découvre le burlesque et c’est «une évidence »: ce monde est fait pour elle.

Ce genre de strip-teases, né aux Etats-Unis, est un savant mélange de cabarets parisiens du XIXe siècle, et de culture américaine des années 1950-60. Souvent interprétées comme une satire des codes de beauté, ces performances sont avant tout pour Mathilde un divertissement. Un show décomplexé, haut en couleurs, qui met à l’honneur des personnalités aux physiques imparfaits. Mathilde ne se revendique d’aucun mouvement féministe ou politique. Elle veut prendre du plaisir. «Intellectualiser la chose outre mesure n’a pas grand intérêt ! » tranche-t-elle.

Soudain, une fille pose une question pratique : «L’une d’entre vous a-t-elle de vrais ongles ? » Silence. Un «non » collectif résonne comme un aveu. Pas de vrais ongles, tout n’est que faux, déguisement, parure. La jeune fille en Converses qui se maquille dans son coin va laisser place à la femme provocante en robe bouffante. Mathilde est rousse, en jeans et baskets, elle a l’air sérieux. Miss Glitter Painkiller est rousse aussi, mais prend tout à la légère. Elle raffole d’accessoires kitsch des années 60 et de vêtements ultra-féminins.

Entre la réalité et la scène, pour toutes les danseuses, c’est la métamorphose. Cherry Lyly Darling tient le rôle de la strip-teaseuse rondelette qui customise ses petites culottes avec le visage d’ Obama. Louise Berlingot est délicate, à la limite de la timidité, mais peu farouche.

Sexe, drogue et show

Le show suggestif de Miss Botero

C’est parti, Lady Tornade ouvre le bal. Sur la chanson «Look at that girl », elle apparaît derrière une corde à linge sur laquelle sèchent des sous-vêtements sexy. Puis, Cherry Lyly Darling enchaîne avec une imitation de Marie-Antoinette, inspirée du film de Sofia Coppola. Miss Glitter Painkiller, quant à elle, s’est déguisée en Peggy Bundy, la mère de famille vulgaire de la série «Marié deux enfants ». Elle joue avec le public et interpelle un homme au fond de la salle: «Allez, viens nous montrer ton cul! »

Louise de Ville est l’invitée d’honneur de la soirée. Cette Américaine, parisienne d’adoption, cultive encore plus le trash. Première apparition : une princesse blonde, cheveux longs bouclés, robe bleue, gestes naïfs. Après quelques sourires, elle fait mine de sniffer un rail de coke. Effet instantané. Elle arrache ses vêtements, dévoilant string, porte-jarretelles et soutien gorge pigeonnant. A la fin du numéro, elle propose au public : «Il m’en reste sur les dents, si vous en voulez un peu, rendez-vous dans les chiottes! »

Pour son deuxième passage, les gestes sont encore plus érotiques. Elle ondule au rythme de la «pussy dance », chanson aux paroles évoquant le sexe féminin et jette son dévolu sur un spectateur. Une fois sur scène, celui-ci se laisse embrasser goulûment. Quelques secondes plus tard, soudain distante, Louise de Ville demande: «Tu n’as pas la mononucléose au moins? ». Dernière ligne droite, Louise enfile l’ultime costume: un poncho rose pâle qui s’écarte sur le devant, laissant apparaître un cercle rouge foncé. La voilà déguisée en sexe féminin!

C’est le clou du spectacle et l’excitation est à son comble. Mais la soirée va se poursuivre sur la piste de danse.

Charlotte Oberti

Partagez :
  • Print
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • Google Buzz
  • MySpace
  • Netvibes
  • PDF
  • Posterous
© 2012 Les cours du soir de l'EMI Suffusion theme by Sayontan Sinha

extension Network-wide options par YD - Développeur Wordpress